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sur la Transition politique au Sénégal

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POUR UNE TRANSITION DE RUPTURE POLITIQUE ET DE REFONDATION D'UNE NOUVELLE REPUBLIQUE AU SENEGAL EN 2012

« Il nous faudra apprendre à questionner les choses dont on nous dit qu'elles sont intouchables. »Paul Ricœur

A la suite de l'appel lancé en octobre dernier, le Comité de suivi des Assises / Section France a organisé quatre tables rondes centrées sur la problématique de la transition au Sénégal en vue de la prochaine élection présidentielle du 26 février 2012. Celles-ci se sont déroulées sous forme de réunions publiques auxquelles la diaspora sénégalaise a été invitée. La synthèse qui suit, présente les idées fortes issues des différents débats.

Elle exprime la position que la diaspora sénégalaise de France entend porter et défendre à l'occasion de cette élection. A cet effet, un travail d'information et de sensibilisation sera activement mené au sein de la communauté sénégalaise de France. Tout comme notre implication dans le processus électoral en France sera totale.
Le Comité de suivi demeure la structure d'élaboration et de coordination de ces actions. Il sera élargi pour accueillir l'ensemble des parties prenantes de la transition politique et du processus électoral en France (partis politiques, société civile...).

I - DE LA NECESSITE DE LA TRANSITION POLITIQUE

Pour mieux saisir la nécessité de la transition politique, il convient d'élargir notre propos et interroger la situation actuelle des pays africains au sortir du premier cinquantenaire des indépendances. Un premier constat est vite établi : insuccès sur les objectifs premiers du développement économique. En effet, aussi bien sur l'école (éducation et formation) que sur la santé publique et la sécurité alimentaire (garantie par l'autosuffisance alimentaire), nos différents pays peinent à les traduire en réalité tangible pour les citoyens africains. Il en est de même de l'industrialisation qui s'est traduite par un échec.

Autre échec capital : les frontières artificielles et arbitraires léguées par la conférence de Berlin demeurent encore l'horizon figé de nos élites politiques. Ainsi, en dépit des multiples proclamations sur l'unité africaine et le panafricanisme, l'Afrique demeure enferrée dans le piège impérialiste de la balkanisation. Les politiques de regroupement sous-régional avancent à une allure de tortue au même moment où la globalisation bat son plein et nous fait courir le risque d'une énième marginalisation. Le prochain cinquantenaire doit être celui de l'intégration africaine effective tant elle demeure indispensable à notre décollage économique.

Au regard de ces différents échecs économiques, il nous a paru indécent de fêter ce cinquantenaire d'insuccès qui aurait dû constituer un grand moment non seulement d'analyse des causes de notre échec mais aussi de réflexion sur les solutions alternatives durables. Cinquante ans après l'accession à la souveraineté nationale, les pays africains pratiquent toujours la politique de la main tendue afin d'obtenir une aide de plus en plus réduite à une portion congrue qui met à mal notre dignité.

Dans le cas de notre pays, il faut se rappeler les discours du président Senghor axés sur l'an 2000 défini comme l'année du décollage économique. Aujourd'hui, force est de constater que nous sommes très loin du compte. On peut même affirmer, au vu du niveau de pauvreté qui sévit au sein de l'immense majorité des couches sociales populaires (rurales et urbaines), que nous avons tout simplement régressé. Mieux, avec l'alternance libérale dévoyée, nous sommes mal entrés dans le troisième millénaire de la mondialisation. Point besoin d'analyse, il nous suffit de dérouler nos différents parcours, des années 60 à maintenant, pour bien mesurer la régression socio-économique du pays dont la meilleure illustration est la disparition de tous les autres pôles de développement (dont le bassin arachidier) à l'exception de la région dakaroise qui abrite désormais la quasi-totalité de la vie économique du pays. Ainsi le président de la République et ses ministres ne trouvent plus où effectuer des tournées économiques ailleurs dans le pays. Les autorités gouvernementales en sont réduites à gérer essentiellement les cérémonies des différentes confréries religieuses.

Mais le phénomène le plus marquant de l'alternance est la démultiplication de la corruption. On le savait déjà, l'Etat sénégalais, comme c'est le cas dans nombre de pays africains, est le principal espace d'enrichissement, d'accumulation et de promotion socio-économique des élites depuis la crise politique de 1962. Le modèle étatique prédateur qui prévaut depuis dans notre pays, se traduit par la permanence d'une corruption devenue systémique. Celle-ci n'a jamais autant sévi que sous l'alternance au point d'atteindre des proportions insoupçonnées.

Quant à la vie politique, elle demeure largement marquée par la crise de la représentation, la diffraction politique et le discrédit des leaders. Le fameux modèle démocratique sénégalais s'est beaucoup déprécié. La gestion néo-patrimoniale des partis par des leaders fortunés et le clientélisme politico-maraboutique en particulier ont fini de décrédibiliser une activité essentielle au système démocratique. La « transhumance politique » a davantage mis à nu l'opportunisme et les pratiques pernicieuses de nos élites politiques.

La laïcité, comme enjeu socio-politique, est rendue encore plus brûlante par les concessions incessantes du président Wade aux confréries religieuses. Concessions qui en disent long sur nos élites politiques qui apparaissent de plus en plus d'abord comme des disciples religieux (talibés) que comme des représentants de la République. C'est dire que la laïcité comme principe républicain est totalement à reconstruire. Et il en va de même pour bien d'autres institutions étatiques que les seuls penchants oligarchiques d'un président ont complètement vidées de leur sens républicain.

Les échecs économiques cumulés (facteurs de désintégration sociale du fait des inégalités croissantes et obscènes entre les riches et les pauvres) combinés au recul de la laïcité (partis pris confrériques continus) se traduisent par un affaiblissement du sentiment national que nous avons en partage. Avec un tissu national aussi déchiré, quelle est encore la pertinence de notre devise nationale : un peuple, un but, une foi ? L'incivisme généralisé qui sévit à tous les niveaux de notre société, trouve sa source chez les élites étatiques qui sont les premières à trahir au quotidien leurs missions républicaines. Quant à l'instrumentalisation qui est faite des religions et des confréries, elle est de nature à discréditer aussi bien les élites politiques que maraboutiques. La crise des valeurs a de beaux jours chez nous. Le contrat social sénégalais est complètement à refonder.

LA TRANSITION DE RUPTURE POLITIQUE

ET DE REFONDATION REPUBLICAINE :

SEULE OFFRE POLITIQUE CREDIBLE POUR 2012

Face à une telle situation nationale aux enjeux structurels aussi cruciaux pour le devenir politique et socio-économique de notre pays, peut-on aller à une élection présidentielle sans s'interroger sur le futur de notre nation ? Assurément non. A situation exceptionnelle, solution exceptionnelle : l'organisation des Assises nationales n'en constitue-t-elle pas une première preuve ?

De surcroît, tous les observateurs et acteurs politiques sont d'avis que la régression nationale est telle, par son étendue et sa complexité, qu'aucun magistère politique (et encore moins un leader politique ou civil) n'en détient, à lui seul, la solution.

Seule une transition politique, fruit d'un consensus fort entre les forces politiques et civiles, est à même de mettre en place les bases de la rupture politique et de la refondation républicaine qu'exige sans délai le redressement de notre pays. La transition de rupture et de refondation doit ainsi clore le cycle postcolonial de prédation économique qui a conduit notre pays dans l'impasse du sous-développement durable. Elle correspond à une nécessité historique urgente.

La transition est un moment important pour fixer les nouvelles règles qui doivent désormais régir notre vie politique nationale. Elle doit permettre de refonder ensemble, dans un grand mouvement de débat national consensuel (forums), un nouveau contrat social articulé autour des principales tâches suivantes :

1°) l'éradication du modèle étatique prédateur, matrice du système corruptif sénégalais, et la mise en place des règles et dispositifs de bonne gouvernance qui doivent désormais guider la marche de notre nation quelle que soit la majorité élue ;
2°) la refondation du rapport au pouvoir étatique qui passe par la fin de la conception fondée sur le monopole dynastique du pouvoir, base de la personnalisation du fondement même du pouvoir et pas seulement de son exercice. Il faut aussi mettre fin à son corollaire, la gestion néo-patrimoniale de l'Etat, qui bloque l'institutionnalisation effective de l'Etat. C'est la seule garantie pour s'assurer les principales exigences d'un Etat de droit laïque et démocratique, d'une justice indépendante, d'une administration impartiale et d'une justice sociale ;
3°) la rénovation de la vie politique sénégalaise qui implique sa réorganisation complète avec la possibilité de financement public des partis selon des modalités qui restent à définir ; l'activité politique doit cesser d'être un métier qui permet de se servir en toute impunité des deniers publics une fois à la tête du pays ; de même il faut bannir la néo-patrimonialisation des partis et le clientélisme sous-jacent ;
4°) la paix en Casamance : jeter les bases d'une résolution de ce conflit sans laquelle toute politique de cohésion nationale et de développement durable est inconcevable ;
5°) la refondation d'une nation avec des citoyens tendus vers le même but de développement endogène durable et empreints de valeurs patriotiques (responsabilité citoyenne partagée, travail bien fait, respect de la « chose publique », solidarité, progrès national...) ;
6°) l'instauration de la démocratie participative qui associe les populations à la conception et à la mise en œuvre des décisions, notamment dans les administrations et sociétés nationales.
Tout le travail de rupture politique et de refondation républicaine réalisé par la transition doit faire l'objet d'une « sanctuarisation » et être versé dans le patrimoine national dont chaque citoyen sénégalais sera désormais le gardien intraitable.

II - SUR LES AXES PROGRAMMATIQUES PRIORITAIRES DE LA TRANSITION

D'une durée limitée (nous avons proposé trois ans dans l'Appel de la Diaspora du 7 octobre 2010), la transition politique doit s'atteler à la mise en œuvre des réformes institutionnelles inspirées des conclusions des Assises nationales d'une part, et de l'autre, des réformes socio-économiques prioritaires.

Celles-ci doivent jeter les bases d'un développement économique endogène durable seul à même de soulager à terme les souffrances des populations (coûts élevés de la vie, santé, eau, énergie...).

A - Les réformes institutionnelles

  • Elaboration d'une nouvelle Constitution (intégrant les recommandations de la Charte de gouvernance démocratique des Assises nationales) consacrant le régime parlementaire suivie de l'organisation d'un référendum pour son adoption ;
  • Refonte et rééquilibrage des différentes institutions étatiques et administratives en conséquence ;
  • Création d'une Cour constitutionnelle et institution d'un juge des libertés d'une part et de l'autre, reconnaissance aux citoyens du droit de saisine auprès de la dite Cour ;
  • Redéfinition d'un mode de scrutin à deux tours aux élections législatives fondé sur une représentation effective ;
  • Représentation de la diaspora à l'Assemblée nationale par des députés choisis et élus par elle-même ;
  • Election démocratique et transparente d'une Assemblée consultative des Sénégalais de l'extérieur auprès de l'Etat ;
  • Refonte du fichier électoral en toute transparence associant l'ensemble des acteurs politiques et civils ;
  • Elaboration d'un code électoral consensuel ;
  • Organisation d'élections libres, démocratiques et transparentes.

B - Les axes socio-économiques prioritaires

  • Procéder aux audits des finances publiques, des sociétés publiques et parapubliques (Sénélec, Ics, Aser, Cosec, Pad, Télécoms...) et des agences nationales (Anoci, Apix, Armp, Artp...). Tous les actes de malversations et/ou détournements seront soumis à la justice ;
  • Réduire de manière drastique le train de vie de l'Etat ;
  • Trouver une solution définitive au problème crucial de l'énergie ;
  • Définir les différents pôles régionaux de développement agricole et industriel (en profiter pour procéder à une refonte totale de la politique agricole visant l'autosuffisance alimentaire et la sortie de l'économie arachidière coloniale), sans oublier les infrastructures routières et ferroviaires qui vont avec ;
  • Proposer et jeter les bases d'une nouvelle politique de santé de nature à garantir les soins nécessaires au peuple ; il en va de même de la nécessité de redresser la politique de l'éducation nationale pour réhabiliter l'école publique sénégalaise et les langues nationales ;
  • Rendre plus accessibles les produits de première nécessité ;
  • Mettre en place une fiscalité plus juste et lutter fermement contre les différents abus et exonérations de complaisance ;
  • Réfléchir sur les mécanismes de mise en place future d'une monnaie sous-régionale.

C - Place de la diaspora dans les nouvelles institutions

  • Définir une véritable politique nationale des migrations (immigration et émigration) qui intègre la diaspora comme actrice et partenaire privilégiée du développement socio-économique (transferts financiers, projets de développement...) ;
  • Créer de la Maison des Sénégalais de l'extérieur ;
  • Jeter les bases d'une renégociation des conventions sociales (sécurité sociale, allocations familiales, retraite...) existantes entre le Sénégal et la France ; ceci pour faire bénéficier à notre communauté de France des meilleurs droits sociaux actuels existants, à l'instar des communautés tunisienne, marocaine, voire malienne ;
  • Jeter les bases d'une négociation de conventions sociales similaires garantissant des droits sociaux (retraite et autres) aux résidents sénégalais, notamment dans les nouveaux pays d'immigration (Italie, Espagne, Portugal...) ;
  • Abroger les accords de gestion concertée des flux migratoires signés par le gouvernement du président Wade.

D - La diaspora et le processus électoral en France
La diaspora sénégalaise de France doit s'impliquer dans les phases suivantes de la procédure électorale :

  • le découpage de la carte électorale ;
  • le choix des membres de la DECENA ;
  • les périodes d'inscription sur les listes électorales ;
  • la distribution des cartes d'électeurs ;
  • la détermination des centres, lieux et bureaux de vote ;
  • la réception et la gestion du matériel et des documents électoraux :
  • les modalités de prise en charge de tous les membres de la commission administrative.

III - CONCLUSION :

UNE EQUIPE COMPETENTE ET VERTUEUSE POUR MENER A TERME ET BIEN LA TRANSITION

La transition est tributaire d'une victoire préalable sur le régime libéral. Elle repose sur une large unité construite sous l'égide des conclusions des Assises nationales, qui rassemble tous les acteurs favorables à celles-ci (partis politiques, société civile, citoyennes et citoyens indépendants...).

Quant à la transition proprement dite, sa réussite passe par le choix d'une équipe de femmes et d'hommes compétents et vertueux qui s'engagent uniquement pour la mise en place du programme de transition. Afin de garantir la neutralité des membres de l'équipe dans l'exercice de leur mission, aucun d'entre eux ne peut être candidat aux prochaines élections que la transition doit organiser au terme de son mandat. Autrement, le risque est grand que l'équipe de transition travaille plus à sa réélection qu'à la réalisation du de sa mission. C'est à cette condition seulement que l'équipe peut, sans arrière-pensée électorale, appliquer les mesures de rupture politique et de refondation de la République avec tout le courage politique que cela requiert.
Tout ceci doit faire l'objet d'un pacte assorti d'un code de bonne conduite. La désignation du chef de file s'effectuera sur la base d'un consensus entre toutes les parties signataires d'une telle stratégie politique et électorale pour 2012. Les membres de l'équipe (y compris le capitaine) doivent procéder à une déclaration de patrimoine. L'acte de déclaration de patrimoine est ensuite constitutionnalisé.

 
 

 

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