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Paris - Le 26/09/05 .... Elections législatives et présidentielle : La société civile se donne pour mission de surveiller le Sénégal

(Correspondant permanent à Paris)

Couplage ou pas, mandat allongé ou raccourci, cette situation floue préoccupe la société civile sénégalaise invitée à Paris à travers Alioune Tine, Babacar Guèye et Bouba Diop. Une situation qui n’augure pas de lendemains meilleurs, à en croire les conférenciers qui ont débattu sur le rôle de la société civile dans les élections de 2006 et 2007. De sorte qu'Alioune Tine et ses collègues se sont donnés pour mission de surveiller le Sénégal comme du lait sur le feu.



- Les nuages électoraux qui s’amoncellent sur le ciel sénégalais
ne rassurent pas la société civile sénégalaise.
Avant-hier, dimanche, invités à débattre sur leur rôle dans les
prochaines élections par l’association Sénégal 2000 basée à Paris,
Alioune Tine, le Pr Babacar Guèye et Bouba Diop n’ont manqué de
soulignerleur inquiétude pour les élections à venir.

Pour rassurer les Sénégalais, les trois conférenciers ont
convié la classe politique dans son ensemble au dialogue
et à la concertation pour des élections démocratiques, transparentes et apaisées.
Pour Alioune Tine de la Radho, «l’impératif catégorique, c’est la concertation et le dialogue politique». Et cela ne peut passer, à ses yeux, que par la mise en place du comité paritaire annoncé par le chef de l’Etat lors de son audience avec l’opposition. «Il est temps de mettre en place le comité paritaire et d’engager le dialogue sur le couplage électoral, la question du fichier électoral et sur d’autres questions. Sinon, ils (les hommes politiques, Ndlr) vont décevoir les attentes profondes des populations pour des élections transparentes, démocratiques et apaisées», a avertit le président de la Raddho.

L’autre front qui menace la quiétude de la société civile sénégalaise représentée par les invités venus de Dakar, c’est le feuilleton «politico- judiciaire», selon l’expression de M. Tine. Il considère que ce feuilleton est en train «d’empoisonner la vie politique». «Nous estimons qu’il faut aller vite dans cette affaire pour qu’on sache de quoi il retourne», a-t-il indiqué. Avant d’ajouter : «De jour en jour, nous avons des espèces de ‘happening’ où de très hauts fonctionnaires font des révélations au lieu de faire des dépositions auprès des juridictions compétentes», faisant ainsi allusion, sans la nommer, à la sortie de Mme Nafi Ngom Keïta dans les colonnes de Walf. Pour M. Tine, «tout cela sème la confusion, le désarroi et accroît le malaise par rapport à ce qui arrive (les élections, Ndlr)».

Au vu de tous ces signes annonciateurs de lendemains incertains, le président de la Raddho avance que «c’est pourquoi nous avons proposé de surveiller étroitement le Sénégal, de le surveiller comme du lait sur le feu parce que nous avons peur des surprises, des espèces de coups de théâtre». Pour le patron de la Raddho, au Sénégal, tout cela est compliqué par une «impression» qu’on ne maîtrise pas «le calendrier autant électoral que judiciaire pour savoir où l’on va exactement». D’où sa «préoccupation pour le Sénégal».

Parlant du couplage des législatives et de la présidentielle, il estime que la déclaration du président Wade à New York «n’est pas cohérente». Après avoir mis en place le comité paritaire, il n’est pas «cohérent de continuer à ergoter sur le couplage. L’instance habilitée à le discuter, c’est le comité paritaire». Pour Alioune Tine, il revient au gouvernement de prendre les initiatives de convoquer le comité paritaire «même si l’opposition peut également mettre la pression pour que la concertation et le dialogue démarrent».
Le prix Houphouët Boigny pour la paix décerné par l’Unesco au président Wade doit être un prétexte valable, ajoute M. Tine, pour que le chef de l’Etat «stabilise rapidement la situation». «C’est une obligation à la fois politique, morale et historique pour lui (Wade)», insiste-t-il.

Le président de la Raddho a également annoncé que la société civile a mis en place un mécanisme de surveillance et de suivi du processus électoral. «Nous avons terminé notre "draft concept paper" sur le pacte républicain pour que le Sénégal puisse partager des valeurs minimales, des principes minimum sur la République, l’Etat de droit, sur le respect et le renforcement de nos acquis», a-t-il souligné. Avant de dire que le document sera envoyé à tous les segments de la société sénégalaise et qu’il sera publié sur le site Internet de la Raddho.

De son côté, le Pr Babacar Guèye du Forum civil - il fut, par ailleurs, le président de la Commission cellulaire chargée de l'élaboration des textes portant création de la Cena - a insisté sur le triple rôle de la société civile.

Un rôle de sensibilisation
pour une inscription massive et d’éclairage des électeurs,

un rôle de médiation
entre les différents acteurs dans la confection des listes et cartes électorales et

un rôle de contrôle et d’observation.

Quant au président du Congad, Bouba Diop, il rappellera la nécessité d’impliquer le plus tôt possible la société civile dans le processus électoral.

«Il ne faut pas que les autorités attendent que la situation devienne complexe pour parler d’approche communautaire. Cela doit être un acte quotidien», a-t-il rappelé.

Dans les débats,

les intervenants ont surtout insisté sur la vigilance et l’alerte qui doit occuper la société. Du fait de sa neutralité entre les différents acteurs. Même si certains intervenants ont émis un doute sur celle-ci. En tous les cas, les trois conférenciers doivent se rendre aujourd’hui à Lyon pour un autre débat. Pr Babacar GUEYE sur le couplage des élections : «Je ne vois pas comment le président pourra contourner la démission»
«Pour les élections législatives, c’est sera extrêmement difficile de prolonger le mandat des députés. Il faudra modifier la Constitution, voter une loi pour dire qu’il faut aller au-delà du 30 juin.
«Quant à l'élection présidentielle, il faudra que le président démissionne. Je ne vois pas comment il peut contourner la démission. Il est obligé de démissionner. Et s’il démissionne, c’est le président de l’Assemblée nationale qui deviendra le président intérimaire pour deux mois et organisera les élections. Est-ce que, dans le contexte actuel, marqué par la suspicion à l’égard du président de l’Assemblée nationale, c’est prudent comme démarche de démissionner ?

«Je ne sais pas comment il va s’en sortir. Mais je crois que la démission sera incontournable s’il veut raccourcir son mandat. Certainement, c’est juste une proposition qu’il a faite. Le président a fait cette déclaration au détour d’une interview ; peut-être qu’il ne fera pas cela».

Moustapha BARRY

 

 

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